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Les transvasements

  1. Présentation
  2. Une entrée sensorielle et technique autour d’une matière
  3. Sciences et langage
  4. Jusqu’au trait : expérimenter la quantité et un objet technique
  5. Recherche : les défis sciences

1. Présentation

La progression

Bien sûr, la motricité fine, la concentration y sont presque toujours travaillées. Mais cette progression s’inscrit en priorité dans le champ du langage, du « devenir élève » et de la « découverte du monde » (les objets, la matière, les grandeurs, le temps).

Cette progression a été réalisée en petite, moyenne et grande sections. Elle comporte quatre modules progressifs – l’ordre a donc son importance- que concluent des brevets de réussites.

Les trois premiers modules proposent essentiellement des ateliers autonomes, si difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes, avec, à chaque fois, une situation dédiée au langage oral. Les séances ont été espacées d’au moins une semaine, pour que les enfants retrouvent sans lassitude ces activités. Cette progression s’est donc étalée sur plusieurs périodes de l’année.

Le quatrième module s’adresse plutôt aux MS/GS.

Le matériel

Des pinceaux, raclettes, cuillères en plastique, bouchons de lessive, louches… Des pots de peinture anti-verse, des barquettes de cantine, des bouteilles de différentes tailles… Des entonnoirs, du scotch en papier de peintre, des sabliers… Bref, beaucoup de choses que l’on trouve à l’école ou dans les maisons. Le matériel, pour chaque module, doit pouvoir s’adapter à ce que vous trouverez autour de vous.

Nous avons acheté des pipettes en plastique et des « géosolides » mais de petits flacons présentant une petite ouverture feraient tout aussi bien l’affaire.

Les enfants ont transvasé de la semoule, de l’eau, des lentilles. Mais cela pourrait être du sable, du riz soufflé pour chien…

2. Une entrée sensorielle et technique autour d’une matière

Objectifs :
  • Susciter la curiosité, la rencontre sensorielle avec une matière singulière : la semoule ou le sable fin.
  • Expérimenter des outils, des traces, des volumes.
  • Sélectionner les objets qui transportent la semoule.
  • Structurer les découvertes lors d’un temps de langage.
  • Progresser vers plus de rationalité.
Première séance : découvrir la matière avec les mains

De grandes barquettes sont recouvertes d’un lit de semoule et quelques lentilles. Cachés au fond, des morceaux à toucher sont collés : carton ondulé, mousse, papier d’aluminium, papier de verre… « Fais attention à la semoule, elle ne doit pas sortir de la barquette, essaie de ne pas en mettre sur la table ou par terre… »
Pas d’autre consigne : cet atelier est une invitation à l’exploration où la curiosité, le toucher est sollicité.

Elle passionne les élèves de petite section qui s’inscrivent plusieurs fois à cet atelier, ils y restent parfois une heure, suivant leur inspiration : la semoule glisse entre les doigts, recouvre une lentille qu’on va rechercher, un trou apparaît, on l’agrandit, le doigt touche le carton ondulé qui résonne différemment, on le découvre un peu plus en écartant la semoule. Une dune pousse à côté, elle est douce. On la veut plus grande…

Un cheminement où l’enfant agit, ressent, observe, analyse, imagine, projette, rassemble, mesure, exprime ses trouvailles, ses mondes…Certains plus grands restent perplexes, plus demandeurs de consignes ils sont moins portés par l’exploration sensorielles. Ces enfants s’investiront plus dans les séquences suivantes.

Deuxième séance : explorer la matière avec des outils

Les enfants explorent librement la matière avec les outils et leurs mains. Ce nouvel atelier met à disposition :

  • Des outils qui laissent des traces comme les pinceaux, raclettes, grattoirs, peignes, rouleaux, crayons, plumes…
  • Quelques outils qui transportent comme les cuillères plates, creuses, cuillères à soupe chinoise.

À nouveau, la consigne reste ouverte : les enfants déplacent la semoule d’un côté et créent un décor de dunes, ils tracent des routes, des décorations…

Troisième séance : quels outils pour remplir une bouteille

Différentes petites bouteilles s’ajoutent à ce nouvel atelier. « Remplis une bouteille. Lorsque tu y es arrivé, tu peux la vider dans le moulin et recommencer si tu veux. »
Les enfants expérimentent les outils, avant de sélectionner d’eux-mêmes les plus efficaces. Dès que je peux me libérer, je réunis les élèves de l’atelier autour de la table pour un bilan : Quels outils avez-vous utilisé pour remplir la bouteille ? Pourquoi n’avez-vous pas pris ceux-là ?

Bilan collectif autour des photos des ateliers

Les enfants commentent les photographies de l’atelier, ils s’expriment, échangent à partir de situations vécues. Ils prennent aussi conscience de phénomènes découverts intuitivement : les outils transporte ou non la semoule, ils laissent des empreintes différentes, cet enfant ne peut pas remplir sa bouteille parce qu’il n’a plus assez de semoule…

Ce brevet permet de garder une trace de la séquence d’ateliers.

3. Sciences et langage

Objectifs
  • Écouter, comprendre, être attentif à des consignes verbales de plus en plus complexes. S’approprier ce langage et le restituer pour un autre enfant.
  • Expérimenter différentes matières avec des outils identiques. Choisir les outils et les techniques les mieux adaptés.
3 séances avec 3 matières différentes
Utilisation inattendue de la pipette avec la semoule !

Les enfants ont manipulé l’eau, la semoule, puis des lentilles, avec un matériel identique. Il s’agit à chaque fois de remplir 2 récipients en utilisant (ou pas) les outils proposés. Lorsqu’un enfant a rempli ses 2 récipients, il peut les vider et les remplacer par 2 autres différents.
Ces ateliers sont autonomes, passé le temps de langage.

Langage : des séquences progressives

L’organisation de la classe me permet de mettre place un temps de langage à l’ouverture des ateliers. Chaque enfant doit préparer son matériel en fonction d’une suite de consignes que je lui énonce pas à pas. En cas d’erreur, il recommence tout. Ce dispositif est reconduit pour chaque nouvelle expérimentation. Ce rituel langagier permet à tous les enfants de se prendre au jeu, ils deviennent de plus en plus attentifs dans un dispositif explicite.

En fonction du niveau des élèves, le langage évolue vers plus de complexité :

Niveau 1
« Tu vas préparer ton matériel. Suis bien ce que je te dis : Prends une grande barquette… » L’enfant agit, je confirme ou non sa réponse avant de verbaliser une autre étape. « Prends un bouchon rouge et mets le dans ta barquette… » On retrouve dans la consigne quelques adjectifs (grand/petit, vert/blanc) et quelques substituts grammaticaux (« le »)

Niveau 2
« Tu vas préparer ton matériel. Suis bien ce que je te dis. Prends d’abord une grande barquette, puis un bouchon rouge et mets le dedans. »

Plusieurs actions sont énoncées dans des phrases complexes. Des connecteurs spatio-temporels sont plus nombreux (d’abord, puis, et…), comme les substituts grammaticaux (mets le dedans, celle qui) …

Niveau 3
L’ élève verbalise la consigne pas à pas pour un autre enfant qui prépare son matériel. Il doit être compréhensible et prendre en compte ce qui a déjà été pris et ce qui reste à prendre.

Langage lors du bilan

Les enfants commentent des photographies prises pendant l’atelier, ils prennent conscience de phénomènes découverts intuitivement : on peut utiliser la cuillère trouée avec les lentilles mais pas avec la semoule, parce qu’elle passe dans le trou, la pipette ne marche qu’avec l’eau…

4. Jusqu’au trait : expérimenter la quantité et un objet technique

Objectifs
  • Comparer des quantités. Commenter avec les mots justes : trop, pas assez, ajouter, retirer.
  • Découvrir un objet technique et son usage.
Première séance : Remplir des pots jusqu’au trait

Les enfants doivent remplir les pots, jusqu’au trait. Une vingtaine de pots sont rassemblés au centre de la table, portant des traits tracés à des hauteurs différentes. Certains ont un couvercle anti-verse. Il empêche l’enfant de retirer le trop-plein d’un coup de cuillère et l’oblige à faire attention à la quantité déjà présente, à l’évaluer pour ne pas en mettre trop. Les enfants disposent d’une seule cuillère. Lorsqu’ils ont terminé, ils placent leur étiquette dans la barquette pour « signer » leur travail ».
Dès que je peux me libérer, je réunis les enfants de l’atelier autour de la table, pour un bilan. On observe les réalisations : Est-ce qu’il en a mis assez ? Il en a mis trop. Comment l’aider ? Il en faut moins, il en faut plus… Il faut en ajouter, il faut en retirer…

Deuxième séance : Le langage lié aux quantités

Les enfants réinvestissent ce langage dans une séquence autour d’un diaporama numérique, qui propose 2 niveaux de difficultés et un travail langagier autour des pronoms personnels : Jeu du « Qui parle ? »

Qui dit « Je dois en retirer ! » Le chat ou la souris ?
Troisième séance : Remplir de grandes bouteilles jusqu’au trait et expérimenter l’entonnoir

Les enfants trouvent de grands bacs avec beaucoup de semoule, 2 bouteilles, une moyenne et une grande, 2 entonnoirs de tailles différentes ainsi qu’une louche et un gros bouchon vert. Il faut remplir une bouteille jusqu’au trait. Certains enfants, même à ce stade de la progression, s’intéresse encore à l’aspect sensorielle de l’activité. Ils jouent avec la semoule, la manipule longuement avant de s’engager dans la recherche. Aucune indication n’est donnée sur l’utilisation des entonnoirs, les enfants apprennent par eux-mêmes, en expérimentant et en observant. Bien souvent, ils utilisent la louche et le bouchon en premier, mais trop de semoule tombe à côté. Ils s’intéressent alors à l’entonnoir et après différents essais en comprennent l’intérêt.

5. Recherche : les défis sciences

Objectifs
  • Mieux comprendre des objets techniques simples, leur usage et leur fonctionnement.
  • Réfléchir, analyser, s’exprimer, échanger, confronter sa pensée, coopérer.

Comment fabriquer un entonnoir en papier ?

1) Recherche individuelle

Certains dessinent un entonnoir, qu’ils découpent, rapprochent de la bouteille… Comme si la représentation de l’objet faisait l’objet ! Quelques-uns trouvent des solutions après différents essais. Enfin, des enfants restent désemparés : « On ne sait pas comment faire ! »

2) Mise en commun, observer, réfléchir, échanger

On se réunit pour partager nos trouvailles, observer les réalisations, analyser les échecs. On se penche sur la question : à quoi ça sert, un entonnoir ? Son usage nous amène à le décrire : il est comme un tuyau avec un gros trou d’un côté pour verser et un petit trou de l’autre pour entrer dans le goulot de la bouteille.

3) Retour à la recherche en binôme

Certains construisent un tuyau, parfois trop petit (on recommence et on travaille les grandeurs l’air de rien…) D’autres réalisent le cône de l’entonnoir. Tous abandonnent la représentation pour s’approcher de l’objet technique, ils progressent vers plus de rationalité.

C’est un défi particulièrement difficile parce qu’il oblige à penser l’objet, comment il fonctionne, alors que les défis suivants utiliseront des éléments bien connus des enfants. Dans cette démarche, c’est la recherche qui compte, avec son parcours d’essais, d’erreurs, d’analyse individuelle, collective, de coopération. C’est l’occasion d’approcher la pensée des autres, si difficile à percevoir à cet âge.

Comment construire un sablier ?

1) Observer, analyser 3 sabliers de durées différentes

Nous connaissons bien le sablier, nous en utilisons un de 10 mn au coin informatique. Deux nouveaux sabliers de taille identique sont présentés aux enfants : un de 30 secondes, un de 1 minute. Lorsque on les retourne, ils notent la différence de durée et la différence de débit perceptible.

2) Réfléchir, échanger.

Comment construire un sablier avec le matériel de la classe ? Les élèves en débattent. Ils expliquent leur projet, énonce le matériel nécessaire. Plus personne ne s’engage dans la simple réalisation d’un dessin.

3) Construire en binôme

Je leur donne le matériel demandé… en grande partie tiré des séquences précédentes. Le scotch est celui utilisé par les peintres en bâtiment, il est assez large, se découpe, se déchire facilement, sans l’aide d’un adulte. Certains demandent de la semoule, d’autres des lentilles.

Un groupe, encore pris dans le plaisir de faire, a d’abord rempli les 2 bouteilles, avant de se rendre compte, au moment de les assembler, qu’une des deux devait être vide.

4) Bilan

Nous retournons tous les sabliers en même temps, ils fonctionnent et durent à peu près tous aussi longtemps. Nous remarquons que nos sabliers durent moins longtemps que celui que nous utilisons au coin ordinateur, pourtant ils sont plus gros… « C’est parce que le trou est plus gros ! Ça passe plus vite. » Ces observations nous serviront pour le défi prochain.

Comment fabriquer un sablier qui dure longtemps ?

1) Réfléchir, échanger

Une première piste se dessine : « Puisque la semoule coule doucement lorsqu’elle passe dans un entonnoir, on n’a qu’à mettre un entonnoir entre les 2 bouteilles. » Nous essayons rapidement, cela s’avère techniquement difficile. Mais pourquoi la semoule coule plus doucement dans un entonnoir ? Un enfant, propose de réduire le trou des bouteilles à l’aide de scotch. Cette piste sera celle expérimentée par tous.

2) Construire par groupe de deux.

Les enfants suivent une chronologie efficace. Ils remplissent d’abord une bouteille, puis bouchent en partie le trou.

3) Bilan

Nous avons rencontré un problème. Les lentilles dans la semoule coincent parfois le sablier.